Oui au flamand, mais quel flamand?

La signalétique bilingue Caëstre/ Kaester 

Je suis heureux de pouvoir vous parler ici de Caestre pour trois raisons: la première c’est que j’y ai vécu durant les vingt premières années de ma vie;  la seconde est que j’y ai lancé le premier cours de néerlandais (qui n’était pas un cours de Flamand occidental comme certains l’affirment aujourd’hui), cours qui fut plus tard pris en main  par mes successeurs Messieurs Jean-Paul Couché, aujourd’hui président de l’Institut Régionale de la Langue Flamande, et Jean-Charles Decoopman; la troisième, c’est que j’apprends par les journaux que Caëstre devient Kaester, maintenant que la commune adhère à la charte de la signalétique bilingue Oui au flamand.

La signalétique flamande: un monopole ?

Je trouve bizarre que tout ceci se fasse dans l’ombre, sans liens ni échanges avec les gens de Caestre, ni avec des spécialistes en toponymie. Il existe pourtant des spécialistes locaux qui connaissent la toponymie régionale, font des recherches dans les archives, et pourraient être consultés. La langue et la toponymie flamande ne constituent pas un monopole mais appartiennent à tous les Flamands, et celle de Caestre à tous les Castrois. J’ai moi-même travaillé avec le  regretté linguiste  Cyriel Moeyaert sur les registres paroissiaux de Caestre.  Il y a trois ans, j’ai publié les travaux de C. Moeyaert sur la toponymie locale. Mais tout ceci ne semble guère intéresser l’Institut de la Langue Régionale Flamande. Pourtant, ils connaissent ces publications et ils savent comment nous joindre.

La signalétique flamande: une farce ?

Sur quelles sources historiques l’Institut de la Langue Régionale Flamande se base t-il pour faire ses choix? Prenons l’exemple de Flêtre, village voisin de Caestre. Le choix de Vleeter, imposé par l’Institut de la Langue Régionale  Flamande, n’est étayé par aucune source connue. Les sources historiques mentionnent Fleterne (1072 et 1075), Vleterne (1284 et 1288). Les cartes du 16ième siècle, comme celle de l’Atlas Major  de Joan Blaeu datant de 1665, mentionnent  tout simplement Vleteren. La même  orthographe donc que celle des communes de Oost-Vleteren et West-Vleteren en Flandre occidentale. Il ne faut pas être membre d’une société savante pour le savoir : il suffit d’aller déguster une bière trappiste à West-Vleteren pour  savoir comment s’écrit Vleteren en Flamand occidental comme en néerlandais.

Même chose pour le village de Méteren quelques kilomètres plus loin : il n’y avait  rien d’autre à faire que d’enlever l’accent aigu du premier ‘e’. Méteren s’écrit donc Meteren et non pas Meeter en flamand/néerlandais. Meteren qui viendrait  du celte ‘matrona’,  est mentionné Meternes dans une source de 1158. Ensuite il y a unanimité pour l’orthographe Meteren sur toutes les cartes  de Flandre et des Pays-Bas historiques depuis le 15e siècle. Dans ces deux cas, la tradition orale ne peut l’emporter sur cinq siècles d’histoire. Il fallait donc choisir Meteren et Vleteren. La prononciation dialectale de ces deux noms ne modifie en rien leur écriture.

Je pourrais continuer et vous faire les mêmes commentaires sur les traductions de Herzeele, Sainte-Marie-Cappel, et j’en passe. Pourtant, la toponymie est une science sérieuse. Avec les choix de l’Institut de la Langue Régionale Flamande, la signalétique bilingue de notre Flandre tourne trop souvent à la farce.

La signalétique flamande appliquée: Caester, Kaester ou Kaaster

J’ai conservé Caëstre, le village de ma jeunesse, pour la fin. 

Si l’Institut fait le choix de noms historiques pour la signalétique bilingue, il se doit d’utiliser les noms retrouvés dans les archives, sur les cartes, etc. Pour Caestre on a théoriquement le choix de toute une série de noms attestés historiquement. Je vous en donne une liste qui n’est pas exhaustive: Castris (1174), Castre (1188), Caestere (1328), et Caester sur la célèbre carte de Mercator (1540). C’est donc Caester qui aurait pu être choisi sur base des sources existantes.

Si l’Institut donne priorité à la linguistique plus qu’à l’histoire, alors il se devait de faire le choix de Kaaster et non pas de Kaester. ‘Kaaster’ pour éviter une orthographe archaïque et faire le lien entre le flamand occidental et sa version moderne qui est le néerlandais.  

Conclusion: Le choix de Kaester est révélateur car il montre le manque de rigueur scientifique dans les choix des tenants de la charte ‘Oui au flamand’. Kaester, ce n’est pas une orthographe attestée par les sources et, linguistiquement, c’est l’orthographe archaïque de Kaaster en flamand/néerlandais d’aujourd’hui.

Mon village s’appelle KAASTER!

Wido Bourel

Vice-président du Cercle Andries Steven Kring
Auteur du livre Olla Vogala, histoire de la langue des Flamands, en France et ailleurs paru aux édtions Yoran Embanner


 

 

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