Le tour de la Mer du Nord par nos enfants

Naguère, c’était avant la première guère mondiale, un vieux sage qui représenta longtemps le département du Nord au sénat (le sénateur Potier) racontait volontiers l’exploit qui avait marqué sa jeunesse.

Aux approches de ses vingt ans, son père, patron de briqueterie, avait appelé son premier contremaître (un dure à cuire !) et lui avait tenu ce langage :

"Auguste va bientôt avoir vingt ans. Voici une bourse raisonnablement garnie. Allez à Dunkerque. Longez le rivage par Anvers, Rotterdam et Hambourg jusqu’à une petite rivière qui se nomme l’Aa comme celle qui débouche à Gravelines. Revenez en bateau en faisant escale en Suède, au Danemark et dans un petit port du Kent au choix. Ne vous hâtez pas. Lisez les enseignes et essayez de causer. Tu sais ton flamand de Bailleul. Mon fils l’a dans le sang. Bien vite vous remarquerez qu’au-delà et au dessus des différences causées par les hasards de l’histoire et imposées par des générations de cuistres, tous ces gens parlent le même idiome et se comprennent fort aisément sans interprète. Demain nous pourrons ajouter : c’est cela l’Europe. Il nous faut apprendre à l’habiter."

Le vieux sénateur anticipait sur son époque.

Le tour d’Europe par deux enfants (ou davantage) devrait être une méthode moderne d’éducation. Et d’abord commençons par la Flandre.

Puisqu’un système éducatif vermoulu nous refuse le droit élémentaire à la culture, prenons le en cherchant les contacts linguistiques directs. Ne nous laissons pas enfermer dans une petite chapelle close fut-elle qualifiée de nationale. Notre connaissance du monde doit commencer par le territoire de la vieille Flandre, épanoui dans celui de ses dix sept provinces. Echanges d’étudiants, voyages de groupes, vacances communes, travaux d’équipes, rien ne doit être négligé pour se préparer à une vie d’homme digne de ce nom.

Depuis plus de deux siècles le pouvoir prétend nous enfermer dans un hexagone douanier. Il est temps de nous aérer quelque peu.

Nicolas Bourgeois