Flandre

(...) Rien n’autorise à nier l’unité géographique de la Flandre, dans ces distinctions de Flandre impériale, hollandaise, française, wallonne, flamingante, dues à la situation du pays dans une contrée ouverte et riche, facile à l’invasion, au contact de deux idiomes refluant sans cesse l’un sur l’autre. L’histoire de Flandre au contraire, à laquelle ces dénominations pourtant sont dues, semble prouver d’un bout à l’autre l’existence d’une Flandre homogène, durable et puissante. Ces luttes de ville à ville, Gand contre Bruges, Ypres contre Gand qui ont frappé les historiens et leur ont inspiré des doutes sur l’unité du pays, étaient fatales au moyen âge entre concurrentes avec les mêmes besoins et les mêmes intérêts, dès lors jalouses et rivales ; les mêmes phénomènes se retrouvent à la même époque dans les puissantes citées italiennes et pourtant personne ne nie l’originalité géographique de la Lombardie ou de la Toscane. Quant à la durée, rares sont les provinces françaises qui ont eu si longtemps une existence distincte ; pendant huit siècles, du milieu du IXe à la fin du XVI e la Flandre est restée elle-même, et elle n’a commencée d’abdiquer sa personnalité que dans la gloire de donner, en la personne du Gantois Charles-Quint, un maître à l’Europe.. Seule en France, elle avait acquis, dès le XIIe et retrouvait aux XIIIe et XIVe siècles, une puissance et une richesse incomparables. Elle est la seule province qui ne se soit jamais laissé enserrer dans les mailles du pouvoir royal, malgré les tentatives d’un PhilippeAuguste, d’un Philippe le Bel, d’un Louis XI, et qui ait affirmé de siècle en siècle son autonomie à l’encontre des rois et des comptes de sang étranger. Sa personnalité s’est révélée à certaines époques jusque dans une littérature et un art originaux. Il y aura en Flandre, au XVe siècle une floraison d’écrivains et d’érudits qui a peut-être contribué largement à la renaissance de l’humanisme en France, et surtout un art bien flamand qui explique la tranquille nature du pays, introduit le réalisme flamand dans convention des sujets sacrés, élève des monuments adaptés aux goûts et aux besoins des bourgeois de Flandre. Cette originalité intellectuelle, cette indépendance si farouchement défendue et conservée, cette puissance et cette durée, ce sont là des traits qui semblent l’expression d’un pays homogène constant de son unité (...).

Raoul Blanchard/ La Flandre

 

 

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