L’art flamand interdit de séjour au Westhoek

Un curieux épisode de la guerre des architectures qui, dans le Westhoek, oppose l’art flamand aux conceptions parisiennes, est en train de se dérouler dans la banlieue lilloise.

Depuis Louis XIV, en effet, intendants et préfets, appliquant les ordres des bureaux de Versailles ou de Paris, n’ont cessé de combattre et de pourchasser tout ce qui n’est pas conforme à Mansart. Moins comme que la persécution linguistique, la pression architecturale est pourtant visible à l’œil nu.

En ce moment même elle s’exerce aux dépens de la malheureuse Ville(neuve) d’Ascq qu’il ne suffisait point d’avoir récemment dotée d’une appellation ridicule et contraire au génie du lieu qu eût exigé au moins Neuville.

Au centre de ses nouveaux quartiers submergés par le béton, s’élève, en effet un chef d’œuvre bàti à la veille de l’annexion et qui, dans l’ancien village de Flers, attirait les visiteurs charmés par ses douves et par ses pignons. Tantôt appelé chàteau, tantôt appelé ferme, il plaisait aux yeux et rafraîchissait les coeurs.

Attirés par la campagne environnante, des spéculateurs ont imaginé de l’entourer ou plus exactement de l’écraser en l’enserrant dans une gangue de ciment.

La population, les autorités locales ont protesté. Mieux, elles ont agi en attaquant les vandales devant le tribunal administratif.

Bien qu’il soit composé de fonctionnaires issus des écoles centralisées, mais sans doute parce qu’il siège sur place, ce tribunal a entendu la voie du peuple et défense a été faite d’assassiner plus avant. Chacun se réjouissait. C’était hélas oublier les lois du système. Les promoteurs ont fait appel devant le Conseil d’Etat et celui-ci, fidèle à lui-même, leur a donné, sans trop tarder, raison.

Pourquoi s’en étonner ? Ce n’est là, en effet, que la confirmation d’une très ancienne jurisprudence établie au temps où l’abbé Lemire, maire d’Hazebrouck, avait songé à imposer une unité de style (flamand) à la grand place d’Hazebrouck.

Il fut rappelé à l’ordre par la haute assemblée qui lui signifia sans équivoque que, le Nord étant un pays voué à la laideur industrielle, le temps était passé de songer à construire d’autres grand places d’Arras.

D’ailleurs le Conseil d’Etat n’avait jamais entendu parler de celle-ci.

L’Ecole des Beaux Arts non plus. Et il n’est pas douteux que si elle avait été consultée pour avis, elle eût approuvé la décision.

Trois siècles de dictature académique sont là pour le prouver.

La beauté hélas est jugée "séparatiste".

 

 

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